L'affaire
des otages
du consulat français
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Le
temps de la révolte
Soldats de carrière et idéalistes, dès nos
premiers pas dans l’institution militaire qui représente pour
nous l’honorable descendante de l’armée de libération
nationale (ALN), nos aînés nous enseignent un code de l’honneur
très strict. Nous devons être intègres, irréprochables
et prêts à donner nos vies à tout moment. Nous,
la nouvelle génération d’officiers issus des grandes écoles
militaires, nous croyons à notre mission sacrée, celle
dictée par la constitution : la défense de la nation et
la sauvegarde de la république. Mais les idéaux pervertis
et l’irresponsabilité pernicieuse que nous rencontrons au sein
de l’institution militaire, joints à la cupidité, à
l’affairisme aveugle, au clanisme, au régionalisme, à
la soif de pouvoir, à la manipulation et au manque total de respect
de la vie humaine, nous incitent à rompre le silence. Après
des années de loyaux services, durant lesquelles nous nous sommes
appliqués à faire notre devoir de militaires, le constat
est amer. Nous avons vu venir la catastrophe avec l’effondrement de
tous les principes qu’on nous a minutieusement professé. Devenir
militaire en Algérie n’a plus qu’un synonyme : Devenir riche,
puissant et au-dessus de la loi. Les commandeurs de l’institution militaire qui ont pris la situation sécuritaire en main et ont depuis longtemps trahi leur mission en commençant par anéantir les principes humains les plus fondamentaux. Manigancer pour leurs propres comptes avec un égoïsme sans égal, est devenu leur principale préoccupation dans le but de servir des intérêts personnels et mesquins. En définitive, Ils ont conduit le pays dans une impasse ténébreuse, avec pour seul horizon, un spectacle de guerre et de désolation. L’Algérie
est pratiquement le seul pays au monde où la violence envers
les civiles est un instrument institutionnalisé qui sert quotidiennement
à gérer la vie politique et économique. Cette violence
est devenue avec les années un mode avéré de contrôle
des populations. Douloureux
est d’admettre que certains officiers de l’ANP ont très largement
dépassé dans le geste barbare de la torture le plus atroce
des colonisateurs français. Une torture que certains psychopathes
qui font honte à la race humaine, imaginent et mettent en pratique
poussant à chaque fois les limites de l’intolérable. Ces
Terminators «comme ils aiment bien être dénommés»,
ont réalisé l’œuvre la plus macabre de toute l’histoire
de l’Algérie, elle compte des dizaines de milliers de victimes
et plus de quarante milles disparus. L’humanité
prend bien trop de temps à digérer les leçons de
l’existence et oublie bien vite les brûlures de l’histoire. Les
plus récents génocides en Bosnie, au Rwanda, en Algérie
(pour ne citer que ceux là) sont des preuves qui interpellent
et se rejoignent à la même finalité : tant que les
décideurs optent pour l'élimination de l’autre pour asseoir
un règne, une idéologie ou un gouvernement le résultat
que nous connaissons restera toujours le même et la folie meurtrière
prendra à chaque fois le dessus. Le
putsch Depuis
le début de la crise en Algérie, les généraux
janviéristes (généraux auteurs du coup d’Etat de
janvier 1992) font tout pour que la guerre contre leurs adversaires
du front islamique du salut (FIS) dépasse la frontière
du territoire et prenne une dimension internationale. Pour exporter
le drame algérien, les moyens les plus abominables sont mis en
œuvre. Pour
les généraux algériens, il faut à tout prix
mobiliser la classe politique française dans son ensemble, en
comptant sur l’appui indispensable des «amis de l’Algérie».
C’est vital pour la survie même du commandement militaire. Ils
mettent tout leur poids pour rallier le maximum de figures politiques
à leur cause et obtenir par la même occasion, le soutien
de la presse et de l’opinion publique française. Le cauchemar Sept étrangers dont deux Français, François Bartellet et Emmanuel Didion ( deux géomètres travaillant dans la région de Sidi Bel Abbas ) sont morts en Algérie du 21 septembre 1992 au 22 octobre 1993. Le désarroi pour les étrangers vient de commencer et un autre épisode de la sale guerre vient marquer la surenchère. Le 24 octobre 1993, trois fonctionnaires du consulat français, Jean Claude et Michèle Thévenot et Alain Fressier, sont enlevés par un commando « islamiste » dirigé par un certain Sid Ahmed Mourad alias Djaafar el-Afghani, ce dernier réclame la libération de son ancien chef et membre fondateur du sinistre groupe islamique armé (GIA), Abdelhak Laayada alias Abou Adlane, extradé par les autorités marocaines quelques mois auparavant. En
pleins préparatifs pour la fête de la Toussaint, la nouvelle
de l’enlèvement des fonctionnaires français a l’effet
d’une bombe. Elle choque ce jour là des millions de Français
les projetant de plein fouet au cœur du drame algérien. Le peuple
français est confronté pour la première fois à
la violence de la réalité algérienne. La distance
entre les deux pays devient négligeable et tous les yeux sont
rivés vers cette terre en feu. Cette affaire est en vérité plus complexe. Le vrai-faux enlèvement des agents consulaires français n’est qu’un petit acte d’une représentation où les victimes ne sont que les dindons d’une farce minutieusement préparée par les stratèges de la manipulation. La
planification de cette machination remonte à quelques mois auparavant,
exactement à la période de la compagne des législatives
de 1993 en France. Les sondages sont favorables à la droite et
une éventuelle victoire de l’opposition remettrait en cause la
politique nonchalante des socialistes à l’égard de l’islamisme.
Entres barbouzes chevronnés le courant passe très bien et dans le climat feutré d’un hôtel de luxe, Smain Lamari exprime l’inquiétude d’Alger face au manque de fermeté de la gauche vis-à-vis des islamistes présents sur le sol français. Il lui prouve, documents à l’appui, que la France est devenue la plaque tournante du trafic d’armes et de collecte de fonds pour les maquis en Algérie ; en quelques sorte la base arrière du terrorisme islamiste.
Entre
temps un jeune officier de la DRS en poste à Paris livre une
mallette contenant 500.000 francs en liquide à un politicien
de la droite et proche des services du contre-espionnage français
dans un hôtel de luxe situé à la porte de Maillot.
La somme n’est qu’un acompte dérisoire devant le montant total
de l’aide apportée aux hommes du RPR et qui se chiffre par millions
de francs. Le financement se fait entre autre, grâce à
des commissions reversées lors de marchés frauduleux.
C’est le cas, par exemple, pendant l’achat par l’Algérie de matériel
d’écoute très sophistiqué (des Renault espace bourrées
d’électronique servant à la détection) et des équipements
de sécurité facturés quatre fois leurs prix réels
par une société spécialisée dans le domaine.
Le directeur de la dite société qui est un élément
très proche à la fois de l’ancien patron de la direction
de la surveillance du territoire (DST), en l’occurrence le fameux Yves
Bonnet et du ministre de l’intérieur Charles Pasqua, a empoché
pour ses amis une commission faramineuse. Une
fois les élections passées, les résultats des urnes
donnent une large majorité à la droite et sonnent le retour
de Pasqua et compagnie aux affaires. Ce dernier va transformer le sol
français d’une présumée base arrière de
l’islamisme en une réelle arrière cour des services secrets
algériens. Les
Algériens présentent une liste nominative comprenant plus
de 600 noms de présumés militants islamistes soupçonnés
d’activisme au profit des maquis en Algérie avec des détails
époustouflants sur l’étendue de leurs activités
en Europe! Les responsables français découvrent hébétés
que la DRS a gardé intacts ses réseaux de correspondants
«indicateurs» de l’ancienne SM (sécurité militaire
devenue DRS). Le préfet Philippe Parant rassure le général Smain Lamari et lui garantit que la France ne tolérera plus l’activisme islamiste sur son sol et lui promet de soulever un rapport complet à son ministre de l’intérieur et qu’une enquête approfondie serait entreprise par ses services, mais lui fait remarquer délicatement que la décision finale concernant la suite de cette coopération naissante reviendrait aux politiques, mais cette remarque n’est pas du goût des Algériens. Quelques
semaines après cette réunion, les services de la DST et
les RG localisent la totalité des militants ; des contacts directs
sont pris avec certains responsables de cette mouvance dont Moussa Kraouche.
Ce porte-parole de la Fraternité algérienne en France
(FAF), organisation satellite du front islamique du salut a toujours
accepté de rencontrer des agents de la DST et des renseignements
généraux (RG) et soutient publiquement la lutte armée
en Algérie qu’il considère «légitime».
Lors d’une conversation avec son homologue algérien, Charles Pasqua lui fait comprendre que la France est un Etat de droit et qu’elle ne peut réprimer des gens sur le simple fait qu’ils expriment une opinion. La presse et les organisations de défense des étrangers et des droits de l’homme prendraient dans un tel cas leur défense et feraient tout pour ameuter l’opinion publique qui est très sensible au principe de la liberté d’expression. «Si les intérêts de la France sont menacés, là c’est une autre histoire» commente Pasqua. Si
monsieur Pasqua ne peut se permettre de dire ouvertement aux Algériens
«donnez-nous un prétexte solide pour donner un grand coup
de pied dans la fourmilière», cela va autrement pour le
barbouze J.C. Marchiani. Il propose à ses amis de la DRS de monter
une opération de provocation contre des intérêts
français en Algérie sans dommages physique (sans perte
d’hommes, une opération blanche).
Les
Algériens proposent plusieurs scénarios de prise d’otages
: le kidnapping de l’ambassadeur avec son chauffeur et son escorte,
l’enlèvement de religieux d’origine française ou des fonctionnaires
du consulat. Marchiani opte pour la dernière proposition. Il
conforte ce choix en disant que de simples fonctionnaires sont plus
faciles à gérer! Le ravissement de l’ambassadeur pouvant
entraîner des victimes parmi le personnel d’escorte sécuritaire
français. Le
23 octobre, téléguidé par les services opérationnels
de Smain, un contact algérois de Djaafar el-Afghani l’informe
que le groupe de Climat de France (une localité pas loin de Bab
El-oued) a l’intention d’enlever des français, sans autres précisions.
Le
lendemain, 24 octobre un commando spécial composé de six
hommes appartenant tous au service action de la DCE (une unité
faisant partie du service opérationnel de la direction du contre-espionnage,
respectivement sous le commandement du lieutenant-colonel Farid et le
général Smain Lamari), avec à sa tête le
capitaine Rachid Belhout et le lieutenant Mustapha Aouina comme second
(leurs vrais noms), enlève les trois fonctionnaires français
et les emmène à bord d’une camionnette G5 abattant à
son passage un pauvre policier. François
de Grossouvre (officiellement chargé de l’organisation des chasses
présidentielles, en réalité, attaché des
renseignements auprès de F. Mitterrand), l’homme de confiance
du président, alerte ce dernier et lui révèle l’implication
des services algériens dans cette prise d’otages ; l’information
lui vient d’une source qu’on ne nommera pas pour des raisons de sécurité
car cette personne se trouve toujours en Algérie. Au
ministère de l’intérieur algérien, le général
Smain rassure ses interlocuteurs français et plus particulièrement
l’homme de l’Élysée, il leur fait un large exposé
sur le danger du terrorisme islamiste et les menaces qu’il représente
de part ses relais en France et dans certains pays européens.
La
décision de libérer les trois fonctionnaires du consulat
est prise par le commandement dans la nuit du 26 octobre. Le
capitaine Rachid Belhout informe le lieutenant-colonel Farid de cet
incident qui informe à son tour le général Smain
Lamari. Les
militaires algériens veulent que les «otages» soient
interrogés (briefing) par des hommes sûrs pour éviter
toute fuite et qu’ils soient soustraits à la presse! Pour ne
pas faire de commentaires sur la libération des otages, les services
d’Alain Jupé invoquent des raisons de sécurité
pour expliquer le mutisme des ex-otages. Les autorités françaises
ont pour la première fois de leur histoire interdit à
des otages libérés de parler librement à la presse.
En Algérie, quatre membres du commando sont arrêtés sous l’ordre du général Smain Lamari, quelques jours après les familles Ramdani et Guettaf sont informés que leurs enfants sont morts en service commandé. L’enlèvement des agents du consulat français a réussi et s’est fait avec la bénédiction du ministre de l’intérieur Charles Pasqua et la complicité de Jean Charles Marchiani. Le premier et le dernier dénouement heureux d’une prise d’otages en Algérie! C’est
le ministre algérien de l’intérieur qui livre la version
officielle finale en déclarant : «les ravisseurs sont au
nombre de neuf, quatre sont tués et quatre sont en fuite, leurs
portraits sont diffusés et ils sont recherchés activement.
Le neuvième est arrêté et donne aux forces de sécurité
une adresse à Oued Slama à 25 km au sud Alger. Les forces
de sécurité donnent l’assaut et le bilan est d’un mort
et un blessé qui parle à son tour avant de mourir et donne
une autre adresse. Un autre assaut des forces de sécurité
et un autre blessé aussi qui donne des informations avant de
succomber à ses blessures. Jean Claude Thévenot et Alain
Fressier sont ensuite retrouvés ligotés dans une salle
de prière située à Oued Koriche».
Cette
version étant trop bien réglée pour être
plausible conduit en effet certains experts à douter de la responsabilité
des commandos islamistes. A Paris la rumeur dit qu’il y a manipulation
de la part du gouvernement algérien et trois versions circulent
concernant le scénario de cette libération. A ce propos,
une chaîne de télévision française privée
soulève des interrogations sur les vrais commanditaires de cette
affaire à cause des zones d’ombres qui l’entourent. Le pouvoir marque un point; Merbah assassiné depuis peu, c’est une revanche pour le gouvernement qui veut afficher sa maîtrise de la situation. Cette libération est un succès pour les services de sécurité algériens, ce qui va améliorer l’image du gouvernement algérien en France, mais aussi un coup de publicité extraordinaire pour le GIA qui met au devant de la scène l’éternelle piste islamique qui va servir à la DRS pour mener d’autres opérations. Les
retombées politiques de cette affaire sont extraordinaires pour
les généraux d’Alger, les parlementaires européens
demandent en cette occasion l’annulation de 6 milliards de dollars de
la dette algérienne contractée auprès de la CEE,
(un argent qui s’est évaporé dans le labyrinthe des généraux),
tout en appelant à une nouvelle politique vis-à-vis de
l’Algérie anti-intégriste. Stephan
Hessel, ancien ministre conseiller à Alger entre 1964 et 1969
et président de l’association France-Algérie déclare
à cette occasion : «On n’aura le fin mot de l’histoire
que dans quelque temps». Le
ménage DRS-DST Anéantis
par la prise d’otages au Liban en guerre, les services français
sont dans l’embarras le plus total et se débattent en vain dans
le bourbier libanais pour la récolte de renseignements qui peuvent
mener aux ravisseurs. Malgré de bons rapports avec les autorités
libanaises, le gouvernement français est hors circuit dans cette
zone où la situation échappe à tout contrôle.
Les rues de Beyrouth sont devenues la propriété des milices
de toutes tendances, dont celle proche du Hezbollah iranien qui a kidnappé
des otages français. A cette période, l’Algérie
jouit d’un crédit important auprès des Iraniens suite
à la résolution pacifique de la crise des otages de l’ambassade
américaine. Avec
l’arrivée en France de la gauche au pouvoir et le récent
changement de président en Algérie, une nouvelle ère
est née. L’histoire dira que l’arrivée de Chadli Bendjedid
au pouvoir a permis à certains éléments «plus
motivés», favorables au rapprochement avec la France, d’accéder
à la sphère de décision et contribuer ainsi d’une
manière très efficace à la fusion du mur de glace
qui est dressé entre les deux pays depuis l’indépendance.
Depuis
cette date la coopération entre la DRS (la nouvelle appellation
de la SM) et la DST s’est largement développée et les
exemples ne manquent pas : Concernant
les Basques de l’ETA : un commando dirigé par un certain Domingo
Iturbe Abásolo, alias Txomin ayant causé beaucoup de soucis
aux Français et aux Espagnols qui demandent officiellement à
Alger son extradition ou son refoulement. Pour satisfaire cette demande
il est envoyé au Mali pour 48 heures puis revient. Un peu plus
tard, lorsque Txomin se montre non disposé à négocier
la fin de la lutte en Espagne, Il est liquidé le 25 février
1987. Ca ne s’est malheureusement pas arrêté à cet assassinat, car l’oligarchie militaire en Algérie ne fait pas dans les demis-mesures. La liquidation des opposants au régime est une pratique tout ce qu’il y a de plus courant ; le représentant du FIS à Paris Abdel Baki Sahraoui est une victime dont le cas aurait dû susciter bien des interrogations dans un pays qui réclame la paternité des droits universels de l’homme. Sa liquidation est nécessaire pour ne laisser apparaître sur le champs politique et médiatique qu’une seule tendance du FIS, celle de Rabah Kebir qui est déjà bien amadoué par Jean Charles Marchiani depuis quelques mois. Pour la DST française, sous traiter des affaires pour le compte de la DRS est devenu chose courante, histoire de rendre service aux copains. En plus des informations piégées qui sont transmises par le service algérien à leurs homologues français afin de les mettre sur des pistes bien spécifiques plutôt que d’autres, les responsables du renseignement algérien demandent des services ponctuels, comme ils l’ont fait tout récemment en demandant :
*une assistance pour l’identification et la localisation des membres
du mouvement algérien des officiers libres (MAOL) et plus particulièrement
du porte-parole, le colonel Baali Ali. Notons
au passage que plusieurs militaires qui se sont réfugiés
en France (pour diverses raisons) durant les années 90(surtout
à la fin) ont été réexpédiés
à la demande d’Alger et ce malgré les conventions internationales
en terme de droit d’asile ! Les officiers victimes de cette pratique
(qui ont refusé pour la plupart de cautionner une hiérarchie
criminelle) se sont retrouvés dans la prison militaire de Blida
après une correction bien spécifique aux déserteurs.
L’aide des services algériens aux autorités françaises est très souvent discret, si ce n’est les fuites répandues par certaines sources qui le mettent parfois sous les feux de la presse. La livraison de missiles français par les Algériens aux Iraniens (un avion Cargo militaire algérien aux couleurs d’air Algérie livre des missiles français via Chypres) pour le compte des français. Cette livraison est faite entre autre pour satisfaire le gouvernement iranien durant la période de jugement des assassins d’un opposant iranien. Pour Alger, l’aide des services français est plus que normale, puisqu’en combattant l’intégrisme dans son nid, Alger rend service à Paris et prévient sa prolifération en Europe! Un argument largement évoqué par des politiciens qui clament un soutien ouvert et sans limites aux militaires d’Alger. Certains politiciens joignent l’utile à l’agréable et ne font pas de différence entre les affaires et la politique. Durant la chasse aux dirigeants du FIS à l’étranger, de grands moyens sont déployés et la priorité est donnée à la surveillance des responsables comme Ben Azouz Zebda qui est un des leaders et membre fondateur du FIS et connu pour être un affairiste redoutable. Il a pour mission, la collecte des fonds nécessaires à l’effort de guerre. Installé en Turquie, où Il réussit à monter une grande affaire, il se déplace beaucoup vers les capitales du golf en quête de financement. A
la fin de l’année 92, des agents de la DRS le suivent pour identifier
l’origine de ces fonds et incriminer les généreux donateurs.
Il se rend au début de l’année 93 au Soudan et en guise
de bienvenue, une soirée (à la Soudanaise) est organisée
en son honneur dans la maison d’un notable. L’officier en charge de
l’opération de surveillance arrive à le photographier
à l’intérieur même de la maison avec les dignitaires
présents ce soir là. La surprise est plus que formidable
lorsqu’à la DRS on relève sur les photos la présence
parmi les invités d’un homme fantomatique : Illich Ramirez Sanchez
alias «Carlos». Le
général Smain Lamari sait que le général
Philippe Rondot et Charles Pasqua veulent tous deux mettre la main sur
cet homme qui leur a mené la vie dure. Plus encore le général
Rondot puisque Carlos est l’une des raisons de son éviction du
SDECE (service de documentation extérieure et de contre espionnage,
ancêtre de la DGSE). Le timing est plus que parfait, avec Charles
Pasqua au ministère de l’intérieur, Le général
Philippe Rondot à la DST comme l’un des meilleurs spécialistes
français du monde arabe, Smain Lamari est sûr que la nouvelle
va mettre les intéressés dans tous leurs états.
Il se déplace en personne à Paris pour montrer les photos
aux général Rondot. Nous laissons aux ouvrages spécialisés le chapitre de la guerre entre les services français et ses conséquences sur la vie politique. Toujours est –il en ce qui nous concerne que pour la DRS (et spécialement la DCE), la DST est devenue le copain d’à côté. Ayant bâti cette relation sur une base plus personnelle que professionnelle, Smain Lamari est devenu un personnage incontournable qui met à mal la position même du général Toufik, ce qui décide ce dernier à bouger et veiller en personne sur l’évolution des rapports avec les services de la DST. D’un
autre côté, il va sans dire que la DGSE reste pour la DRS
un service très hostile à cause des prises de positions
de celle-ci après les élections qui ont failli porter
le FIS au pouvoir. Les recommandations de la DGSE au gouvernement français
n’étant pas du goût d’Alger car préconisant aux
politiques de se faire avec la nouvelle situation et de se préparer
à traiter avec un gouvernement FIS de la même manière
qu’ils traitent avec les pays du golf.
La
brouille entre la DRS et la DGSE vient aussi du fait que les éléments
de la DGSE sont plus rigides car astreints à la discipline militaire
; la marge de manœuvre réservée aux affaires est nulle.
Pour la DGSE, l’Algérie est toujours un adversaire à surveiller
de très près et pour cause, l’affaire des moines de Tibhirine
est un exemple très flagrant dans ses tenants et aboutissants.
Cette tragédie qui a choqué par son atrocité tous
les Français a mis la DGSE dans un embarras certain. Un des objectifs
principaux de cette macabre machination est de discréditer une
fois pour toute la centrale du renseignement extérieur français.
Les généraux de la DRS soufflent le chaud et le froid
et prennent activement part à la vieille querelle dont ils tirent
un grand bénéfice. Le
réseau dormant Dès l’arrivée de la droite au pouvoir et suite au manque de personnel qualifié pour la surveillance des ressortissants algériens présents sur le sol français, les responsables des services de sécurité du ministère de l’intérieur français demandent à M’hamed Tolba (au moment où il est directeur de la police algérienne) de les renforcer en moyens humains sûrs, efficaces et capables de se reconvertir facilement sur le sol français ; une affaire qui fait tache d’huile au sein de l’administration de la police nationale.
M’hamed Tolba orchestre une vraie hémorragie au sein de la DGSN, plusieurs dizaines de jeunes officiers de police ayant fait leurs preuves sur le terrain sont sélectionnés par ses soins et envoyés en France. Le motif de leur déplacement étant bien singulier, «des vacances en France» en guise d’encouragement aux officiers méritants et ayant fourni le plus d'efforts. Une fois arrivés à bon port, les policiers algériens sont pris en charge et approchés par des officiers de la DST qui ont déjà le dossier complet de chacun des agents potentiels. Soudoyés
par les promesses d’une belle carrière, la plus grande majorité
des officiers dépêchés par Tolba succombe aux propositions
et opte pour un changement de carrière avec l’acquisition immédiate
de la nationalité française en prime. Même le fils
de Ali Haroune, Abdel-Malek Haroune choisit cette reconversion rocambolesque!
Malheureusement
pour Tolba, dès leurs entretiens avec les agents des services
français, trois officiers parmi ceux qu’il a envoyé prennent
immédiatement contact avec le chef du bureau de la DRS à
l’ambassade d’Algérie, le commandant Habib. Ce dernier
alerte sa direction de tutelle à Alger et de fil en aiguille,
le général Toufik découvre la «trahison»
du patron de la police nationale. Cette opération de renflouement des services de sécurité français par des sujets algériens est ordonnée par Charles Pasqua en personne, et c’est grâce à lui aujourd’hui que des officiers de sécurité se retrouvent à des postes importants au sein de la police française dont certains au sein même de la DST comme agents doubles. Le pire pour L’ex. ministre de l’intérieur français c’est que le général Toufik a par la suite dépêché d’autres soi-disant policiers (des éléments de la DRS) qui ont rejoint le territoire français et qui activent…,officiellement comme…
Près de quatre cents agents ou collaborateurs ont ainsi regagné le sol français et formé un réseau dormant clandestin constituant ainsi un moyen terrible de chantage qui a fait ses preuves dans…et ce grâce à monsieur Charles Victor Pasqua. Pour ce qui est de M’hamed Tolba, il espère devenir grâce à son apport le médiateur exclusif entre les services algériens et les services français avec la création d’un super service de sécurité intérieure similaire à la DST en Algérie. Mais c’est sans compter avec les ambitions du général Smain Lamari qui a en tête les mêmes projets. Pour ne pas soulever les suspicions des services français, Tolba est démis de son poste à la DGSN en douceur et nommé consul à Lyon. Il vit toujours dans la même ville où il gère une grande Boulangerie -Pâtisserie dans un centre commercial de renom en plus des nombreuses affaires qu’il possède en France et en Suisse. C’est Smain Lamari qui prend la relève et s’impose comme unique médiateur grâce à son passé avec les services de la DST et ses relations plus que privilégiées avec son ex. directeur Yves Bonnet. Un autre général, Saidi Fodil est démis de ses fonctions de directeur de la documentation et de la sécurité extérieure (DDSE, l’équivalent de la DGSE) lorsqu’il revendique la coopération avec les services étrangers prétextant qu’elle dépendait de la DDSE et non de la DCE (une mini-guerre des services ). Ce même général est par la suite liquidé pour des raisons du même genre en 1996 au début de la période présidentielle de Zeroual. Dans
la pêche aux agents, la friction entre les deux services français
DST et DGSE a donné des étincelles et les deux partis
ont souffert des effets du choc entre poids lourds. |