L’affaire MATOUB
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L'été s'annonçait chaud car le bras de fer entre les généraux de l’état major de l'ANP et ceux des services de la DRS (Mohamed LAMARI, Mohamed TOUATI, Fodil CHERIF, Mohamed GHENIM, Mohamed MEDIENE et Smain LAMARI) d’un côté, et le clan de la présidence dirigé par ZEROUAL et BETCHINE, de l’autre, avait pris une tournure dramatique, et les pressions et les marchandages habituels, autrefois à peine perceptibles, avaient cédé la place aux menaces et aux insultes par presse interposée avec une véracité sans précédent. Les généraux
du clan LAMARI voulaient à tout prix la tête de "BETCHINE"
l’ancien patron des services et l'ami personnel du président
Liamine ZEROUAL devenu ministre conseiller, qu'ils soupçonnaient
de préparer avec d'autres officiers (parmi lesquels, on retrouve
un ex-commandant du CPMI/Ben Aknoun, le lieutenant-colonel Haddad
Abdelkader alias colonel Abderrahmane; surnommé le "Tigre" à
cause de son professionnalisme), une nuit des longs couteaux. Un des
grands coups réalisés par le bureau de Betchine est le
limogeage du général AbdelMadjid Taghit pour cause de
corruption ou celui du général Said Bey pour cause de
négligence grave. La présidence a exigé et obtenu
le départ du général SAID BEY patron de la première
région militaire et très proche du clan LAMARI-TOUFIK
(désigné par la suite, par Mohamed Lamari comme représentant
de l'ANP à l'OTAN) suite à sa passivité coupable
avant et après les grands massacres de 97. Presque
au même moment, le gouvernement OUYAHYA peaufinait la loi
d’arabisation générale (maintes fois annoncée puis
ajournée), sous le la direction du président ZEROUAL.
Les officiers qui ont été dépêchés par les responsables du cabinet noir, sont en l'occurrence le général Mohamed TOUATI, tête de fil de la nouvelle mouvance au sein de l'ANP (Après la mouvance arabo-revolutionnaire issue de l'ALN, c'est la mouvance laïque constituée d'ex-officiers de l'armée française qui a pris la tête de l'ANP) et le colonel M. Fergani Alias MERZAK un des anciens éléments de la DRS et personnage très introduit dans les milieux Kabyles et officier traitant de plusieurs sources (agents) au sein du MCB et du RCD (Merzak est l'un des rares hommes de confiance de Toufik en charge exclusive du dossier Kabyle). Du côté du RCD, KHALIDA MESSAOUDI une activiste bèrbère très acquise aux thèses érradicatrices de TOUATI pour la lutte anti-terroriste et Noureddine AIT HAMMOUDA chef d'une des plus importantes milices du pays. Après les formalités d'usage entres les personnes présentes qui se connaissaient du reste très bien, puisque cette rencontre n'était pas la première du genre , la séance est officiellement ouverte et c'est Noureddine Ait Hammouda qui prend en premier la parole pour exprimer avec beaucoup d'émotion l’inquiétude de la composante BERBERE de la population face aux risques d’explosion que générera la mise en pratique du projet de loi relatif à la généralisation de la langue arabe. Ait Hammouda spécifie bien que pour tous les Kabyles, le synonyme d'arabisation est islamisation et terrorisme, il évoque même les pires scénarios si ce projet est conduit à son terme. En réponse le général TOUATI suggère aux représentants du RCD une mobilisation des artistes et des intellectuels surtout kabyles avant toute chose même à l'échelle internationale, et passer ensuite à la mobilisation de la rue (Manifestations, grèves, boycottages) pour contrer le gouvernement et l'obliger à revoir son projet. KHALIDA MESSAOUDI fait remarquer au général TOUATI que le temps presse et que la population kabyle est lasse des grèves et des slogans devenus classiques, et que de toute façon la division du MCB (avec ses deux tendances, la coordination proche du RCD et la commission proche du FFS) d'un côté, et la lutte entre le RCD et le FFS rendent la mobilisation populaire, une chose tout à fait impossible : » l’expérience, disait-elle, nous a démontré que les conservateurs n’entendent pas raison lorsqu’il s’agit de mobilisation pacifique comme pour l’abrogation du code de la famille alors que les intégristes ont réussi a nous imposer avec la violence, leurs représentants au sein même du gouvernement . AIT HAMMOUDA avec des mots à peine couverts fait comprendre aux représentants du MDN que beaucoup de Kabyles déterminés n’hésiteront pas à retourner leurs armes contre le pouvoir central dans le cas limite et que les intégristes ne manqueront pas de profiter de cette situation et de l'exploiter en leur faveur. Le colonel
MERZAK qui connaît assez bien ce dernier lui réplique
que la région est truffée de maquis du "GIA" dont la plupart
des chefs sont originaires de la région même de Tizi Ouzou.
KHALIDA MESSAOUDI réfute les arguments du colonel, mais profite de son intervention pour demander au général TOUATI des explications sur le mutisme de l’armée et ses cadres modernistes sur la fraude qui a entaché les élections de 1997 au profit du RND le parti de BETCHINE. Elle se demande même "pourquoi est ce qu’ils ne prennent pas les choses en main ? " et pourquoi les démocrates républicains ne retrouvent pas des places de choix dans les institutions du pays. Elle prend pour exemple le cas de la Turquie et le succès remporté par son armée dans la gestion du phénomène intégriste malgré les risques de voir ses chances de rejoindre l’Europe réduites. Le général TOUATI reprend la parole pour dire: « Au cas où la situation devient incontrôlable, l’armée prendra le pouvoir et décrétera l’état d’exception pour une courte période mais suffisante pour mener à bien son projet d’éradication des groupes armés et leurs relais politiques. C’est la seule façon d’arriver à nos objectifs, mais il faut absolument éliminer par la même occasion, les secteurs du conservatisme au sein des appareils de l’état, le pouvoir sera rendu ensuite aux civils ». Et à TOUATI de conclure: « Nous sommes prêts de toute façon, on attendaient juste que les conditions soient réunies, nous avons la conviction qu'un état républicain verra le jour incessamment dans notre pays. Le colonel MERZAK répète que le commandement de l’armée n’est pas pour la loi d'arabisation, mais ce n’est pas a l’institution militaire de s’y opposer de façon visible ; la contestation doit venir des politiques et de la rue plus précisément. Il rappelle même la formidable mobilisation des kabyles en 1994 pendant la grève et lors de l’enlèvement de MATOUB. «
La mobilisation des kabyles, c'est mon affaire » dit AIT
HAMMOUDA en guise de promesse . Voilà ce qu’on appelle dans le jargon des services secrets « la mise en condition » ou la préparation psychologique du sujet. En fait la guerre entre la présidence et les généraux de l’état major de l’armée battait son plein et ces mêmes généraux voulaient profiter de l'erreur que ZEROUAL allait commettre en appliquant la loi de généralisation de l'arabisation. En réalité les généraux de l’armée projetaient un coup d’état et pour arriver à leurs fins tous les moyes allaient être utilisés. Cette réunion
qui a été organisée par les services secrets (la
DRS) avec la bénédiction des autres généraux
a été bien sûr enregistrée et réécoutée
par la suite par Mohamed LAMARI, TOUFIK, Smain LAMARI, TOUATI et le
colonel MERZAK, et pendant cette réunion des "chefs" de graves
décisions ont été prises.
Le choix de la cible Après
la rencontre avec les généraux, les chefs du RCD étaient
sûrs que l’heure du changement et de la rupture avait sonné,
et ont ainsi imaginé et étudié pour la circonstance
plusieurs plans d’actions affin de contribuer à leur façon
et de manière active à cette micro-révolution.
AIT HAMMOUDA
a proposé à SAID SAADI d’occuper le champ médiatique
en ALGERIE d'abord, en faisant remarquer que les milieux proches du
RCD dans la capitale française prendraient le relais ensuite;
« la mobilisation on verra plus tard » disait-il.
AIT HAMMOUDA savait que MATOUB voulait visiter Tizi Ouzou depuis un bout de temps, et n'a pas hésité à l'appeler pour demander soi disant de ses nouvelles, durant la conversation Matoub a demandé des nouvelles de la région, et c'est à ce moment que Ait Hammouda a commencé à se vanter du bon travail qu'il a entrepris avec ses amis et du bon résultat qu'ils ont obtenu; la région était devenu selon lui plus sûre qu'Alger. Presque instinctivement Matoub a exprimé son désir de rentrer mais il était hésitant à cause de ses appréhensions envers le pouvoir suite a la sortie de son nouvel album où il parodiait l’hymne national. Ait Hammouda ne s'est pas ménagé pour convaincre Matoub qu'il n'avait absolument rien à craindre, même de la part des autorités. Ait Hamouda a même promis à Matoub une protection rapprochée digne d'un chef d’état, depuis sa descente d'avion jusqu’au jour de son départ. Face à ces promesses Matoub avait déclaré que suite à cela sa visite à Tizi Ouzou ne saurait tarder. C'est le chef d'antenne de la DRS à Paris, le colonel Smain Seghir de son vrai nom Ali Benguedda (très intime à Smain Lamari qui l’a nommé à ce poste après le décès du lieutenant-colonel Souames Mahmoud alias colonel Habib), qui a annoncé à Toufik et Smain Lamari l'imminence du voyage de Matoub à Alger avant même que Matoub ne prenne son billet d’avion. MATOUB
savait que de nouvelles menaces ont été proférées
contre lui par le groupe armé auteur de son enlèvement
du 25 septembre 1994, surtout après la sortie de son livre; il
faut dire que ce kidnapping n'avait rien d’un coup monté par
les officines de Smain, mais bel et bien une opération organisée
par un groupe islamiste de la région même de Tizi Ouzou,
sa libération par contre s'est faite grâce à l'intervention
d'une taupe (un des agents de la DRS travaillant sous couvert avec les
islamistes dans le maquis) et qui a empêché son exécution
depuis le sommet du commandement du GIA sous prétexte que l’assassinat
de Matoub ferait baisser la popularité du GIA dans la région.
Presque au même moment à Alger, Une intervention troublante de la part d’AIT HAMMOUDA auprès de certaines connaissances a fait capoté l’obtention d’un visa pour madame MATOUB qui lui aurait permis de rejoindre son mari en France, et la question reste posé à Ait Hammouda sur les vrais motifs de cette intervention soutenue de très prés par le général Mohamed Touati. A Paris
MATOUB a été mis sous surveillance, par une équipe
jour et nuit, et malgré les difficultés et les risques
d’une telle opération à l’étranger, le général
Toufik n’a pas hésité à employer tous les moyens
disponibles pour le suivi de cette affaire. Toufik était informé
grâce aux rapports (Bulletin de Renseignement Quotidien ou BRQ)
envoyés quotidiennement par le colonel Ali. Le choix
de MATOUB était devenu cyniquement naturel. Les stratèges
du MDN et des services connaissaient l’importance du crédit de
sympathie que MATOUB avait auprès des jeunes en Kabylie et même
à l’étranger, ils savaient que l’onde de choc qui suivrait
sa mort pourrait ébranler très fortement le clan de la
présidence, il suffisait juste à ce moment là de
souffler sur la braise pour que tout l’édifice constitutionnel
s’écroule . La décision
de liquider MATOUB a été prise au plus haut niveau de
la hiérarchie militaire dans le bureau même du chef des
services de la DRS le général TOUFIK (situé au
rez-de-chaussée du bâtiment C, au MDN). Le département
d’infiltration et de manipulation de la DRS a rappelé
pour la circonstance un officier infiltré dans un groupe armé
dans les monts de Sidi Ali BOUNAB qui répondait au pseudonyme
de capitaine RIADH alias « ABOU DOUDJANA ». C’est à ce moment là que la deuxième équipe (plan de secours) a pris le relais deux jours avant le crime. La gendarmerie locale avait reçu de la part du commandement régional de tutelle l’ordre de stériliser la route qui mène au village de Taourirt moussa, et un groupe de trois individus membre de l’auto-défense de la région a été surpris entrain de faire du repérage, interrogés par les gendarmes les trois individus ont prétendu que leur chef Ait HAMOUDA leur avait donné l’ordre de faire le trajet pour le sécuriser. Cette rencontre a été cité par les gendarmes dans le rapport quotidien de fin de mission. Quelques
semaines après la mort de MATOUB les gendarmes en question ont
reçus un avis de mutation, et les trois miliciens sont morts
dans une embuscade tendue par le groupe de ABOU DOUDJANA! L’assassinat
de MATOUB a mis la région en émoi, les premières
violences éclatèrent dans la ville de TIZI OUZOU et quelque
part à ALGER les instigateurs du crime attendaient que
leurs agents attisent les flammes, pour passer à l’action. La famille de MATOUB par son sens de la responsabilité a appelé au calme et a demandé aux autorités à ce que justice soit faite, cette initiative a calmé la population malgré la mort tragique d’un jeune manifestant touché par balle par un provocateur proche de AIT HAMMOUDA ! ALI MECILI (une autre victime des services algériens) disait que « derrière l’assassinat d’un kabyle, il y a toujours un kabyle ». Le sort
de MATOUB a été scellé dans une villa près
d’Alger à la suite d’une rencontre entre des officiers manipulateurs,
et certains responsables politiques qui n’ont ni le sens de la fidélité
ni celui de l’honneur dont le fils d’un illustre révolutionnaire
algérien mais qui ne lui a pas légué le gène
de l’honneur, et qui a vendu son âme à un officier traitant
contre une situation et un pouvoir éphémère, l’orgueil
et la jalousie sont à l’origine de sa compromission. *Pourquoi des égorgeurs d’enfants ont-ils laissé la vie sauve à madame MATOUB ? *Quelle est la nature exacte de la relation entre AIT HAMMOUDA et la femme de MATOUB ? *MATOUB avait-il des informations sur la relation trouble de sa femme avec AIT HAMMOUDA ? *Qui a informé MATOUB des liens de sa femme avec les services (Plusieurs membres de sa famille gravitent autour de la DRS). *Pourquoi certains journaux proches du RCD ont-ils relié l’intox des services selon laquelle les assassins de MATOUB ont été abattus ? alors que la pseudo- enquête en était à ses débuts ? *Qui a déplacé la voiture de MATOUB, et pour quels motifs ? *Qui a intérêt à détruire la première version du rapport balistique, faite par la gendarmerie et qui a mis à jour les contradictions dans les déclarations de Madame MATOUB ? *Qui a ordonné la mutation des gendarmes chargés de l’enquête ? *Pourquoi a-t-on assassiné les trois miliciens ? (information donnée par plusieurs quotidiens algériens quelques semaines après la mort de MATOUB). *On laisse le soin à AIT HAMMOUDA de répondre à toutes ces questions.
Un proverbe kabyle dit: «la vérité flotte comme un bouchon de liège»!
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