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Les fantômes de la nation
A ce jour, il est pratiquement impossible de dire à combien s'élève exactement le nombre de morts. On peut par contre affirmer avec certitude que le chiffre total tourne autour des deux cent cinquante mille victimes. Un chiffre ahurissant qui donne des sueurs froides. Plus poignant encore est le nombre de personnes disparues dans des conditions pour les moins inhumaines. Ces noms sans cadavres hanteront désormais et pour l'éternité la mémoire collective et s'immortaliseront comme les ombres de la république. Il
faudrait au nom de tous les préceptes de la dignité
humaine mettre toute la lumière sur cette affaire macabre
dont les tenants et aboutissants ne laissent plus place au doute,
puisqu'il est tout à fait établi que la loi de la
barbarie qui règne au sein des services de sécurité
a donné lieu a de graves dépassements avec les conséquences
et les préjudices irréversibles que l'on connaît. Des hommes, des femmes, des enfants ont été le souffre-douleur des tortionnaires qui ne veulent pas être confrontés avec leurs méfaits et ont inutilement essayé de faire taire les portes voix de ceux qui n'ont pas de tombes. Comment des mères de disparus, poussées par le sacré instinct maternel pour trouver leurs enfants, ont été torturées à leurs tours, violées, humiliées, emprisonnées des années durant pour qu'elles abandon-nent une partie d'elles-mêmes aux oubliettes des généraux.
Il est quand même tragique et choquant pour l'Algérie révolutionnaire d'avoir à subir une telle humiliation à cause des bourreaux qui ont commis des crimes crapuleux au nom de la sauvegarde de l'Algérie. Si Mohamed Lamari, le créateur du Centre de commandement de la lutte antisubversive (CCLAS), estime qu'il peut soudoyer les familles des disparus en fixant un prix pour chaque tête, la réponse est bien évidente : A
quel prix estime t-il la vie de son fils aîné Farid
Lamari le dentiste ? A quel prix estime t-il la vie de son fils
benjamin le commandant Mourad Lamari qu'il a mis à l'abris
au siège de l'OTAN en Belgique ? Quel prix est-il prêt
à donner pour ramener à la vie son fils cadet Djamel
Lamari décédé d'une péritonite en 1993
à L'hôpital militaire de Ain Naadja ? Il est vrai que l'homme ne reconnaît sa vraie dimension que lorsqu'il est confronté à lui-même. Nous avons honte |